Vingt skieurs, vingt cagoules noires
Un matin de grand froid, dans la file d'un télésiège. Vingt skieurs, vingt cagoules noires. Même casque, même masque, même silence. Pas un sourire, pas un regard. Tu connais la scène, tu l'as sûrement vécue.
Au milieu de cette file, quatre vieux amis qui skient ensemble depuis quarante ans, au pied d'une station dont on a juré de ne jamais révéler le nom.
Il y a Roger, qui trouve toujours quelque chose à redire : la neige, la piste, le vin chaud, la météo, et même la couleur du ciel. Il y a Marcel, fier de sa moustache comme d'un trophée, capable de parler de fartage pendant une descente entière. Il y a Gégé, qui rit avant la fin de ses propres blagues et oublie toujours où il a posé ses gants. Et il y a celui que tout le monde appelle le Père Noël. Personne ne sait vraiment pourquoi, mais à force, ça ressemble à un nom de famille.
Le paquet du Père Noël
« De mon temps, on se reconnaissait de loin », grommelle Roger. « De mon temps, on se disait bonjour », ajoute Marcel en lissant sa moustache. Gégé rit, sans trop savoir pourquoi. Et le Père Noël, qui n'a rien dit, sort de son sac un petit paquet.
Dedans, il y a quatre cagoules. Sa petite-fille, graphiste, a voulu fêter leurs quarante ans de ski avec une blague : leurs quatre visages, imprimés sur du tissu extensible. Un mot est glissé dans le paquet : « Pour qu'on vous voie, même sous le casque. »
Le fou rire du télésiège
Ils les enfilent, un peu génés. Le casque par-dessus, le masque par-dessus, et direction la file.
Le premier à les voir est un gamin de huit ans. Il reste bouche ouverte, puis il éclate de rire. Un snowboardeur se retourne, voit Roger et son air de travers, et se plie en deux. Le pisteur sort son téléphone. En dix minutes, toute la file rit aux larmes. Des inconnus se parlent, se montrent les papys du doigt, se prennent en photo avec eux. Pour la première fois depuis des années, le télésiège fait du bruit.
« Où est-ce qu'on peut s'en procurer ? » demande une dame. Roger répond que ce n'est pas à vendre, que c'est un cadeau, et que d'ailleurs la neige est trop molle. Mais Marcel, lui, a déjà sorti un carnet.
Comment Snov est né
Le lendemain, dix personnes voulaient la même cagoule. La semaine suivante, c'était toute la station. Les papys ont fini par céder, à une condition : que chacun garde son caractère. Roger est resté grincheux, Marcel a gardé sa moustache, Gégé a continué de rire, et le Père Noël a promis de s'occuper des cadeaux.
Quant au nom, il paraît que « snow » a perdu son « w » dans la bousculade du télésiège. Roger dit que c'est la faute de Marcel. Marcel dit que c'est la faute de la neige. Personne ne s'est jamais mis d'accord.
Aujourd'hui, c'est ton tour d'être celui dont toute la file se retourne.